Communicants : vérifier une donnée, de l'intention au geste

Interrogés sur leur méthode, les professionnels de la communication décrivent une pratique exigeante. Interrogés sur leur dernier geste concret, ils décrivent autre chose. L'écart entre les deux est le sujet de cet article.

L'intention et le geste

62 % des répondants remontent systématiquement à la source primaire d'une donnée, et 92 % le font au moins parfois. La méthode la plus employée reste pourtant la plus simple : 73 % s'en remettent d'abord à une recherche web rapide [1]. Les deux réponses viennent des mêmes personnes, et elles ne se contredisent pas : la première dit ce qu'on vise, la seconde ce qu'on fait quand le temps manque.

Cet écart a un coût mesuré. 41 % des répondants consacrent 5 à 15 minutes à chaque vérification, à une fréquence souvent quotidienne [1].

Une recherche rapide donne une réponse en quelques secondes. Elle donne aussi, le plus souvent, une reprise : un article qui cite un rapport qui cite une étude. Chaque maillon a pu arrondir, recadrer ou extrapoler, et rien dans le résultat ne signale ces transformations.

Ce qu'une reprise perd en chemin

Trois pertes reviennent, et elles sont cumulatives.

Deux façons d'aborder un contenu

Il existe grossièrement deux écoles chez les communicants. Ceux qui partent de leur cible et construisent le message pour elle. Ceux qui partent de la donnée et cherchent ensuite l'audience à qui elle parle. Les deux produisent de bons contenus, et les deux ont un angle mort.

Partir de la cible expose à retenir la donnée qui sert le message. Partir de la donnée expose à publier un fait juste que personne n'attendait. Un contrôle avant diffusion doit donc regarder les deux bouts : ce que dit la source, et ce que le contenu déclenchera. C'est la raison d'être des deux lentilles, le fact-checker et le message-tester.

Ce qui rend le geste tenable

Remonter à la source primaire est un travail. Le rendre systématique demande de l'outiller, sans quoi il reste un idéal déclaré.

Outiller veut dire ici trois choses : atteindre le producteur de la donnée plutôt que sa reprise, dater la lecture, et mesurer l'écart entre ce que la source établit et ce que la phrase affirme. Le reste, le jugement et la décision, appartient à celui qui publie. Le cadre méthodologique détaille les dimensions retenues.

Un contenu défendable ne l'est pas parce que son auteur a été prudent. Il l'est parce qu'il peut montrer d'où vient chaque élément, le jour où on le lui demande.

Publiez, le risque en moins.

Sources