On ne s'attend pas forcément à trouver un communicant derrière une plateforme de crash-test éditorial. Antoine Crespin le dit lui-même : « j'ai un profil qui est un petit peu particulier ». C'est pourtant ce chemin qui a produit OSAD, et il explique la forme qu'a prise l'outil.
Un profil arrivé à la communication par le côté
Le parcours ne commence pas dans les médias. Il passe par une formation scientifique, puis bifurque vers la communication, principalement vers l'événementiel. Une entrée par la production plutôt que par l'éditorial, où l'on apprend d'abord à faire tenir une prise de parole dans un dispositif réel, avec ses contraintes de temps, de budget et de public.
Cette origine compte pour la suite. Un profil venu de la vérification aurait probablement construit un outil de vérification. Un profil venu de la production construit un outil qui s'insère dans une chaîne de production, avant la diffusion, au moment où corriger coûte encore peu.
Dix ans à fabriquer des prises de parole
Dix années d'exercice, en événementiel, en communication de l'énergie et en concertation publique, avant que l'idée d'OSAD n'apparaisse. Ces terrains ont un point commun : la parole y est publique, contradictoire, et elle engage fortement, et l'enjeu monte à l'ère de l'IA générative.
La concertation autour des projets d'énergie renouvelable en donne la version la plus exigeante. L'avant-propos du Baromètre OSAD 2026 raconte un projet éolien dont le mât de mesure, près de cent mètres, cristallisait les oppositions. Une nuit, des opposants en ont scié les haubans : le mât s'est effondré en travers d'un champ et d'une route passante, sans faire de blessé [1]. La concertation avait été sourcée, avec ses dates et ses données, et cela n'a pas suffi. Quand un désaccord prend cette forme, la solidité du fond et la connaissance de son audience, cible comme élargie, deviennent primordiales.
Ce que transmettent les mentors, et ce qu'ils ne transmettent pas
Ce métier s'apprend au contact. « Ça a toujours été des gens qui m'ont apporté des bribes clés du métier », résume le fondateur. Des bribes, donc : un réflexe attrapé sur un dossier, une prudence héritée d'une crise, une manière de formuler apprise en réunion et sur le terrain auprès de nombreuses parties prenantes au fil des années.
Ce mode de transmission fabrique des praticiens solides et des méthodes non écrites. Ce qu'un communicant expérimenté sait faire, il le sait rarement expliquer, et encore plus rarement transmettre à l'échelle d'une équipe. C'est précisément cet écart qu'un outil peut combler : mettre par écrit, et rendre reproductible, ce qui vivait dans l'expérience de quelques-uns.
Le moment où le besoin se nomme
De ces années sort un constat en deux volets, formulé tel quel dans la capsule : un vrai besoin de pouvoir aller vérifier ses informations, la règlementation associée, et un vrai besoin de pouvoir anticiper la publication et les réactions sociales associées.
Ces besoins ne se recouvrent pas. Vérifier porte sur le fait, et suppose de remonter à la donnée source : c'est le fact-checker. La règlementation relève du déontologue, qui rapproche le contenu des textes applicables. Anticiper porte sur la réception, et suppose de savoir ce qu'un public fera d'une phrase exacte : c'est le message-tester.
Ce que ce chemin a mis dans le produit
OSAD est la plateforme de crash-test éditorial avant diffusion. Trois expertises passent un contenu au banc d'essai avant publication : un déontologue, un fact-checker, un message-tester.
Cette découpe n'est pas un choix d'architecture logicielle. Elle reprend les questions qu'un communicant se pose déjà, séparément, avant d'appuyer sur publier : ai-je le droit d'écrire cela, est-ce exact, comment ce sera lu. Ce que le produit ajoute est de les poser toutes, à chaque fois, et de garder la trace de la réponse.
Publiez, le risque en moins.
Sources
- Avant-propos du Baromètre OSAD 2026, 37 réponses au questionnaire et 17 entretiens, terrain de février à mai 2026.
- Image de couverture : capsule vidéo OSAD, « OSAD, c'est quoi ». Photo : OSAD.